Marchés Gouro, toute une histoire

L’histoire autour des marchés Gouro remontent aux années 1970 et est rattachée à une dame de fer Feue NANTI IRIE LOU ROSALIE. Si aujourd’hui ces grands marchés de vivriers desservent Abidjan et alentours, c’est grâce au courage et la détermination de cette femme qui a été l’inspiration de plusieurs milliers d’autres femmes. YOUAN BI Alexis, DG du marché Gouro d’Adjamé raconte que c’est en revenant d’un voyage effectué au village que feue Nanti ramène de la marchandise à Abidjan. Très rapidement les produits se vendent et elle perçoit un double bénéfice. Cela lui donne l’idée de créer un espace où les femmes du milieu rural, productrices de produits vivriers, viendront écouler leurs marchandises à Abidjan, aux revendeuses d’avoir accès à tout moment à des produits frais et de s’approvisionner pour la vente et rapprocher le plus les consommateurs du produit. Le premier terrain attribué et encore utilisé aujourd’hui est l’espace ROXY d’Adjamé. 

C’est une idée révolutionnaire qui deviendra un modèle économique, créera des milliers d’emplois principalement pour les femmes, des commerçantes et sera dupliquée sur plusieurs générations. Aujourd’hui le marché Gouro d’Adjamé à lui seul c’est : plus de 2000 vendeuses et sa coopérative fait un chiffre d’affaires de plus de 13 millions FCFA. Celui d’Angré de la coopérative COCOVICO, qui avait à sa tête Botti Rosalie, rassemble plus de 4000 commerçantes. En 2015 Côte d’Ivoire, le secteur du vivrier a rapporté plus de 800 milliards de chiffre d’affaires.

Les marchés Gouro : Adjamé, Angré et Yopougon

Le carrefour Adjamé

Si il y a bien un carrefour que vous devriez maîtriser à Abidjan c’est bien Adjamé. Peu importe le produit dont vous avez besoin, vous êtes au bon endroit. Le marché Gouro d’Adjamé est né sous feue NANTI Irie Lou Rosalie “la maman” qui en 1972 avait décidé de réunir ses sœurs sous la coupole d’une coopérative. Le marché occupera l’espace ROXY à Adjamé et sera rejoint plus tard par le marché Gouro de Irié Lou Madeleine avec sa coopérative COCOPROVICI (Coopérative commerciale des produits vivriers), en 1988. Il est tous les jours de la semaine bondé de monde. Ce marché est un carrefour des produits vivriers de diverses régions de Côte d’Ivoire.

Cocovico, Cocody crée son marché

A l’origine sa créatrice Feue Botti Lou Rosalie voulait aussi offrir à sa commune un marché gouro. Un grand marché qui desservira toute sa zone et surtout respectera les normes d’hygiènes et sanitaires. C’est ainsi qu’est né COCOVICO( coopérative des commerçants des produits vivriers de Cocody), la coopérative initiatrice du marché d’Angré. Il est situé sur environ 2 hectares et a en son sein des infrastructures modernes telles qu’une salle de conférence, un bureau administratif, un centre d’alphabétisation, un hôtel, une garderie…Ce marché a vu le jour en 2008 et a été en partie financé par OIKOCREDIT, une structure financière.

Yopougon, le marché à ciel ouvert

Situé à Yopougon Siporex, le marché gouro à ciel ouvert vous accueille. Ce marché est composé de plusieurs coopératives fédérées par la UCOVY (Union des Coopératives du Vivrier de Yopougon). Des vendeuses y sont installées à même le sol pour la plupart. D’autres sont assises sous des parasols ou se protègent contre le soleil à l’aide d’un simple pagne. De la boue, des flaques d’eau, des fruits et de la banane plantain pourris jonchent le sol çà et là. Les produits vivriers sont exposés à la chaleur et à l’humidité. «Nous ne pouvons pas moderniser le marché parce que nous courons le risque d’être déguerpis du jour au lendemain», justifie Bamba Yacouba, gérant de la coopérative COMARVY ( Coopérative des Marchés Vivriers de Yopougon). 

Les pionnières des Marchés Gouro

Elles n’ont pas fait de bancs d’écoles, étaient de l’informel , travaillaient la terre et sont issues pour la plupart d’une ethnie : les GOURO, un peuple de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui pratiquement chaque quartier d’Abidjan (Côte d’Ivoire) a son petit marché gouro. Nous vous contons l’histoire de ces femmes qui ont conquis le secteur du vivrier et ont laissé une institution : le marché Gouro.

NANTI IRIE LOU ROSALIE

Elle est surnommée la mère des marchés Gouro. Et sa mémoire est profondément attachée à l’histoire de ces marchés. Elle fut l’initiatrice de ces entités, et a réveillé des femmes dynamiques telles que Mme  feue Botty Lou Rosalie, feue Zamblé Lou Madeleine, feue Irié Lou Colette, etc. Elle est née en 1945 à Guériafla (Gohitafla), et mère de deux enfants. C’est en 1972, qu’elle mettra en place un cadre de commercialisation des vivriers qui changera à jamais des milliers de vies. Elle est la fondatrice du marché Gouro d’Adjamé Roxy autour du cinéma Roxy en 1980.

Son parcours impressionnant a été célébré à travers plus prix et nominations que sont :

1994 : prix national Henri Konan Bedié de la femme investisseur.

1995 – 2000 : 3ème Adjoint au maire de la commune d’Abobo.

1996 – 2000 : Membre du grand conseil du PDCI – RDA.

1997 : prix de l’excellence des femmes de Côte d’Ivoire.

1997 – 2000 : Membre du Conseil Économique et Social.

2002 : Prix de la résistance économique

2002 : prix des femmes entrepreneurs.

Août 2002 : Médaille de l’ordre du mérite agricole.

2003 : Prix du meilleur entrepreneur décerné par l’institut panafricain de Lugano ( Suisse )

2003 : Chevalier dans l’Ordre du mérite Ivoirien

Le 26 Avril 2005, Irié Lou Rosalie décède.

NANTI Lou Rosalie ce n’est pas seulement que du vivrier. Elle a posé plusieurs actions sociales et est fondatrice du Groupe scolaire NANTI, un établissement situé dans la commune d’Abobo. Il comprend la maternelle, le primaire et un lycée d’enseignement technique et général.

IRIE LOU COLETTE

Irié Lou Colette  est née en 1956. Elle s’intéressera très tôt aux travaux agricoles et cela lui tracera la voie que nous lui connaissons aujourd’hui. Au départ, elle faisait partie de la coopérative de ZAMBLÉ Lou Irié Thérèse. C’est plus tard qu’ elle décide de créer la Coopérative de distribution des produits alimentaires (CODIPRAL) et son propre marché. En 1998, elle crée la Fédération nationale des coopératives de vivriers de Côte d’Ivoire. Cette fédération qui regroupe plus de 1800 coopératives est spécialisée dans la production et la distribution du vivrier sur les marchés du pays. Son objectif est d’organiser, de promouvoir la filière vivrière, d’améliorer les conditions de production, de distribution, de conservation et de transformation des produits vivriers. Mère de deux enfants, Colette Irié Lou occupait également d’autres postes de responsabilité dans des ONG et autres réseaux agricoles en Afrique de l’Ouest et centrale. 

En 2008, la FAO lui décerna la Médaille de Meilleure Artisane de la sécurité alimentaire de Côte d’Ivoire. Elle remporte en 2013 le Grand Prix Femmes Ivoire Dominique Ouattara des femmes leaders de Côte d’Ivoire. En 2019, elle est élevée au rang d’Officier de l’Ordre du Mérite Nationale de Côte d’Ivoire En 2016 Le Président Alassane Ouattara lui décerne le Prix d’Excellence de la Meilleure Entreprise de commerce intérieur en Côte d’Ivoire en 2016 pour son aptitude à diriger des groupes de femmes et rechercher l’amélioration de leurs conditions de vie. Malheureusement Irié Lou Colette quittera la terre des vivants le 5 Mars 2021.

BOTTI LOU ROSALIE

Feue BOTTI Lou Rosalie a eu l’idée de construire un marché, elle a décidé de faire mieux que ce qui existait. C’est-à-dire créer un marché moderne respectant à la fois les normes d’hygiène et de sécurité. Son marché voit le jour en 2008, à Cocody Angré 8ème Tranche. Après bien des démarches et des

déboires, c’est finalement Oikocredit qui lui octroie 1,5 milliard de FCFA. C’est non seulement un marché couvert mais il comporte des infrastructures sociales. La bravoure de Mme BOTTI Lou Rosalie et surtout son dynamisme dans le secteur du vivrier en Côte d’Ivoire et dans la sous-région lui ont valu plusieurs distinctions. Chevalier du mérite de la République de Côte d’Ivoire, primée par la FAO, désignée meilleure commerçante de l’année 2002-2003 par la BAD-COM. Hélas, elle aussi nous a quitté le 15 décembre 2014 des suites d’une courte maladie.

Les femmes amazones des marchés

Elles viennent de partout en Côte d’ivoire, elles acheminent vers Abidjan des denrées alimentaires. Sur la route de nombreux barrages et tracasseries causent du retard dans la livraison des produits et la perte d’une partie de la marchandise. La nuit sur des chemins tortueux elles courent vers le point de chute : les marchés Gouro.

Elles, elles sont toujours présentes à croire qu’elles ne quittent jamais les lieux. En fait, elles ne le quittent jamais. Peu importe l’heure, le climat ou la situation, elles sont là. Elles attendent très tôt la venue des marchandises des sentiers profonds de la Côte d’ivoire. Elles s’accumulent autour des camions et se battent pratiquement pour avoir des sacs de produits alimentaires. Quand les premières lueurs du soleil s’avancent, elles s’égosillent pratiquement les cordes vocales à appeler le client. 

Si vous avez du vivrier, des denrées alimentaires toujours disponibles pour vos repas. Si des produits frais vous sont toujours servis. C’est en grande partie grâce au travail de ces femmes. Si aujourd’hui ces milliers de femmes ont une activité rémunératrice de revenus c’est dû au travail de ces femmes gouro pionnières qui ont eu l’idée de bousculer les choses. 

SOURCE : le communicateur

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